Présentation du Jesuit Refugee Service - Belgium

L’inspiration du Jesuit Refugee Service

C’est en 1980 que le P. Pedro Arrupe, 28ème supérieur général de la Compagnie de Jésus, profondément touché par la tragédie des boat people au Vietnam, lançait le Service jésuite des Réfugiés (en anglais, Jesuit Refugee Service ou JRS). Puisque le drame des personnes obligées de quitter leur pays se répète aux quatre coins de notre terre et que la Compagnie de Jésus se trouve présente sur tous les continents, les jésuites ne pouvaient-ils pas, en collaboration avec leurs associés laïcs, affronter cette redoutable question de notre temps ? La devise qui s’est dégagée au fil des années temps tient en trois mots : d’abord accompagner les migrants pour entendre ce qu’ils vivent, être à leurs côtés et leur proposer de cheminer ensemble ; ensuite servir ces migrants, soit en leur fournissant un logement, soit en leur donnant l’information nécessaire à leur reprise d’autonomie, ou l’éducation grâce aux écoles installées dans les camps, ou les soins de santé, ou l’aide juridique, ou encore les secours spirituels de la pastorale ; enfin défendre ces migrants forcés en plaidant leur cause (ce qu’on nomme en anglais ‘advocacy’), tant en défendant leurs droits auprès des autorités nationales et internationales qu’en menant des campagnes de sensibilisation auprès des populations. Fidèle à la tradition jésuite qui l’appelle à aller ‘aux périphéries’, le JRS accorde une attention particulière aux personnes les plus délaissées et les plus vulnérables, il va prioritairement « là où personne ne va ».

En tant qu’organisation fondée par la Compagnie de Jésus, le Jesuit Refugee Service entend inscrire son action dans l’enseignement social de l’Eglise, dont le pape François livrait une saisissante application dans son message à l’occasion de la Journée mondiale des migrants et des réfugiés (2013)  : « Il s’agit de voir – nous d’abord et d’aider ensuite les autres à voir – dans le migrant et dans le réfugié, non pas seulement un problème à affronter, mais un frère et une sœur à accueillir, à respecter et à aimer, une occasion que la Providence nous offre pour contribuer à la construction d’une société plus juste, une démocratie plus accomplie, un pays plus solidaire, un monde plus fraternel et une communauté chrétienne plus ouverte, selon l’Évangile ».

Notre projet «  Détention

Dès sa fondation en 2001, le JRS Belgium a pris fait et cause pour un groupe de migrants particulièrement vulnérable, ceux qui sont placés en détention administrative.

Il faut savoir, en effet, que dans un certain nombre de situations, la loi permet la mise en détention dans un des cinq centres fermés du Royaume, des étrangers qui font l’objet d’un ordre de quitter le territoire, pour mettre en œuvre leur expulsion. Les personnes retenues en ces centres n’ont d’autre perspective que de quitter le pays dans les semaines qui suivent, à moins que l’Office des étrangers ne doive les libérer pour n’avoir pas réussi à mettre en œuvre dans le délai légal leur retour au pays, retour consenti ou forcé. Les migrants qui demandent l’asile en se présentant à la frontière font également l’objet d’une mise en détention systématique en centre fermé pour le temps de la procédure. En cas d’échec de leur demande, ils seront ainsi ‘sous la main’ de l’Etat en vue d’une expulsion rapide.

En 2017, l’équipe visite chaque semaine trois centres fermés (Le Caricole, Bruges et Merksplas) où sont détenus des étrangers en vue de leur expulsion du territoire. Elle visite aussi les maisons de retour, de création plus récente – deux en Wallonie (à Tubize et Beauvechain) et trois en Flandre (à Zulte, Tielt et Sint-Gillis-Waas) –, où séjournent des familles qui ne peuvent être enfermées en raison de la présence d’enfants mineurs en leur sein, mais qui doivent tout de même préparer leur retour au pays d’origine. La création de ces maisons est une conséquence du plaidoyer mené par le JRS Belgium et d’autres associations, pour faire respecter par la Belgique l’interdiction européenne d’enfermer des familles comprenant des enfants mineurs.

Au sein du JRS Belgium, les visiteurs sont de deux types  : accrédités et amicaux. Les visiteurs accrédités par l’Office des étrangers reçoivent l’autorisation de rencontrer les personnes détenues pour s’assurer que leur enfermement se passe dans le respect de la loi et des conventions internationales  : ont-elles pu obtenir l’aide juridique à laquelle elles ont droit  ? Les recours possibles ont-ils été bien introduits  ? Leurs éventuels problèmes de santé sont-ils bien pris en charge  ? Les contacts avec la famille sont-ils établis  ? Etc. Quant aux visiteurs amicaux, leur visite est proposée par le visiteur accrédité au détenu qui apparaît plus spécialement isolé ou en souffrance. Comme son nom l’indique, le visiteur amical n’a pas de rôle particulier à jouer, sinon celui d’une présence qui propose un lien d’humanité. On a pu, hélas, comparer cette sollicitude à celle des soins palliatifs dans la (très large) mesure où la détention se terminera par une expulsion. Du même coup, le visiteur – qu’il soit accrédité ou amical – doit souvent faire face à l’amertume, voire à la rage ou au désespoir de la personne qui a tout risqué pour vivre mieux en Belgique et qui se voit condamnée à quitter l’Europe sans avoir eu le temps de faire le deuil de l’échec de son projet migratoire. Mais ces visites gardent précisément tout leur sens dans de telles situations de détresse.

Si la priorité est donnée à l’ « être avec » plutôt qu’au « faire pour », l’accompagnement des personnes détenues se complète, selon la mission du JRS, d’un travail de service et de plaidoyer (advocacy). Par exemple, un réseau de professionnels se constitue dans les domaines du droit et de la médecine, autour de chaque centre fermé pour qu’on puisse y faire appel en faveur de tel ou tel détenu qui aurait un besoin particulier d’aide juridique ou de soins de santé. Il revient aussi au JRS et à ses partenaires d’interpeller les directions des centres ainsi que l’administration centrale pour leur signaler les anomalies constatées au cours des visites, afin qu’il y soit porté remède. Plus généralement, le JRS Belgium met aussi en question le principe même de l’enfermement des étrangers qui n’auraient pour seul tort que de vivre sur le territoire belge sans y être dûment autorisés, d’autant qu’il existe des solutions alternatives à cette détention qui ne devrait, selon la loi, n’être qu’une mesure de dernier ressort. Il dénonce en particulier les conditions parfois inhumaines du retour forcé.

Notre projet «  Up Together  »

En 2015, le JRS Belgium s’est lancé dans une aventure ‘hors détention’, le projet «  Up Together  », qui vise à créer, dans de nombreuses villes de Belgique, des réseaux de personnes, de familles, de communautés prêtes à accueillir chez elles un migrant ‘débouté’ durant huit semaines. Le trajet d’accueil lors de ces séjours successifs, supervisé par des volontaires, eux-mêmes coordonnés par un membre du JRS Belgium, peut durer jusqu’à un an4. Il permet à l’accueilli de retrouver son souffle, de réfléchir plus sereinement à sa situation et, soutenu par une méthodologie spécifique, d’envisager son orientation pour l’avenir : choisit-il de rentrer dans son pays ? Pour quel projet de vie ? Avec quels moyens ? Où se résigne-t-il à rester en Europe dans la clandestinité ?

Ici encore, le JRS a posé un choix conforme à sa ligne de conduite puisqu’il privilégie, parmi les étrangers accueillis, ceux que l’Office des étrangers a dû libérer de centre fermé dès lors qu’il ne parvenait pas, pour diverses raisons administratives ou médicales, à les renvoyer dans leur pays d’origine. Ainsi se marque le lien entre les deux projets  : Détention et Up Together. C’est, en effet, au cours de leurs passages dans les centres fermés que les visiteurs du JRS peuvent rencontrer les détenus qui, en cas de remise en liberté, risquent de ne trouver aucun hébergement ni aucune aide à leur sortie. Ici encore le JRS s’est senti appelé à aller aux périphéries, vers un groupe de personnes particulièrement vulnérables, puisqu’elles ne disposent d’aucun droit  : ni droit de séjour, ni droit de travailler, ni droit à l’aide sociale.

En privilégiant, grâce à des communautés d’hospitalité, le contact personnel entre le migrant et la famille (ou la communauté) d’accueil, le JRS Belgium travaille aussi à la lutte contre le racisme et la xénophobie. Il est vrai, en effet, que ces sentiments de rejet naissent surtout lorsque les étrangers ne sont que des statistiques ou des images, mais, dans la mesure où une même humanité se partage dans la gestion du vécu quotidien entre le Belge et l’étranger, on peut espérer que la rencontre opère une transformation en profondeur des deux parties.

Le financement du JRS Belgium

Le JRS Belgium couvrait jusqu’il y a peu 80 % de ses dépenses grâce à un financement structurel de la part des deux (anciennes) provinces jésuites – francophone et néerlandophone – de Belgique. Ce subside, si important qu’il soit, ne permet toutefois plus de couvrir l’ensemble des nouveaux besoins auxquels nous sommes confrontés : financer le travail de nos visiteuses en maisons de retour (deux mi-temps), celui du responsable du projet Up Together (un temps-plein), développer une véritable stratégie de communication et de sensibilisation, engager un responsable du plaidoyer (advocacy officer), devenu indispensable pour porter auprès des autorités la voix des hommes sans voix que nous accompagnons,… Tout cela sans compter les nombreuses sollicitations qui nous sont faites pour soutenir des migrants en péril ou lancer des projets nouveaux !

En entendant parler d’une de nos demandes de fonds, un de nos amis s’étonnait : « les Jésuites ne sont-ils pas assez riches pour supporter cette œuvre qu’ils ont fondée ? ». Que répondre à cette remarque sinon que les fonds qui entrent à l’Economat jésuite diminuent dans la même proportion que le nombre des Jésuites eux-mêmes : ces rentrées, en effet, proviennent, soit de leur renonciation personnelle à l’héritage familial, soit de leur travail. Or, la redoutable crise de vocations que connaît la Compagnie de Jésus dans nos pays, jointe au vieillissement de la population jésuite, entraîne immanquablement une diminution vertigineuse des ressources propres et, donc, la nécessité de faire appel à d’autres sources de financement.

Pour couvrir l’ensemble de ses besoins, le JRS n’a pas le moindre espoir de pouvoir compter sur des fonds publics. Les publics-cibles que nous avons choisis – respectivement des détenus en voie d’expulsion du territoire et des migrants déboutés sans statut de séjour – constituent la dernière des priorités de nos autorités fédérales, alors même que notre association prend en charge une fonction de monitoring de la détention qui relève de sa compétence. Nos activités sont par ailleurs rarement éligibles dans le cadre des appels à projets lancés par les entités fédérées ou par l’Union européenne.

Les besoins du JRS Belgium : le volontariat et le soutien financier

Après avoir expliqué le travail du JRS Belgium en son double projet de visite en détention et de communautés d’hospitalité, ainsi que ses motivations profondes, il reste à présenter ses besoins, à la fois en financement et en volontariat.

Le recours au volontariat est une option délibérée et déjà ancienne du JRS. Nous avons en effet une double conviction : que les volontaires apportent dans l’accompagnement des migrants une plus-value liée à la nature bénévole de leur engagement et à leur disponibilité, et qu’ils sont nos meilleurs ambassadeurs pour porter nos efforts de sensibilisation dans la société. Aussi investissons-nous beaucoup d’énergie et de temps dans un accompagnement de qualité : sélection, formation de base et continuée, intervisions, évaluation sont autant d’étapes importantes, que ce soit en détention ou dans le cadre de notre projet d’hospitalité.
Nous sommes donc toujours en recherche de nouveaux volontaires ‘visiteurs amicaux’ en centre fermé et en maison de retour. Quant au projet Up Together, il ne mobilise que des volontaires, à l’exception du responsable. Ils sont bienvenus, soit pour un accueil ponctuel (deux mois) à domicile, soit dans l’accompagnement d’un migrant durant l’année que dure son trajet dans le réseau, soit pour développer des réseaux locaux de solidarité, soit encore pour aider à coordonner l’ensemble du projet.

Les collaborations bénévoles sont également bienvenues pour divers services d’administration ou de traduction (anglais, français, néerlandais). Enfin, le soutien le plus stratégique consiste à épauler nos efforts en recherche de fonds (fundraising) en nous aidant à rencontrer des donateurs potentiels ou des institutions qui ont vocation à encourager les projets solidaires.

Dans ce cadre, nous voudrions aussi détailler ici la collaboration bénévole des membres du Conseil d’Administration qui, par leur expertise, orientent l’action du JRS Belgium. On y trouve sept membres : Xavier Ortegat, président, Hamida Chikhi, Alain Deneef, Leo De Weerdt S.J., Philippe Marbaix S.J., Caroline Stainier et Paul Van Bets.

Les dons sont porteurs d’espoir pour les réfugiés et les migrants forcés que nous rencontrons dans nos visites ou dans notre accueil. Ils nous signifient surtout la confiance que nous témoignent nos bienfaiteurs et leur désir de soutenir la mission du JRS sur le long terme, ce qui nous permet de travailler sur le terrain, dans la sérénité.

Ces dons sont les bienvenus sur notre compte Triodos BE40 5230 8069 3163.

Pour recevoir une attestation fiscale (pour les dons d’au moins 40 €), les donateurs sont invités à utiliser le compte de Caritas International BE88 0000 0000 4141 avec la communication “P168JRS”.