Prendre ensemble un temps d’arrêt sur notre mission

La collaboration avec les volontaires nous motive. Ils connaissent plusieurs langues, ils ont la plume agile et ils sont forts dans l’analyse des situations. De façon désintéressée, ils mettent leurs talents à la disposition du JRS Belgium. Ils ne sont pas rétribués. Ils ne sont réquisitionnés par personne. Ils se contentent de savoir que leur aide nous est nécessaire.

A la fin de l’année dernière, notre équipe a fêté Noël mais, cette fois, nous l’avons fait avec les volontaires qui nous accompagnent. Ce fut une belle expérience avec, tout de même, le cœur serré de ne pouvoir y associer les personnes pour qui nous travaillons, à savoir les migrants détenus dans les centres fermés.

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Mais nos pensées les accompagnaient. Nous avons tenu un carrefour sur la question de savoir comment nous pouvons impliquer davantage les migrants eux-mêmes dans notre tâche, ce qui n’est pas une mince affaire quand ils sont enfermés. Nous avons partagé nos expériences respectives en centre fermé et débattu de la meilleure façon de parler de notre humanité, de l’hospitalité et de l’inclusion dans nos conversations en famille ou avec nos amis et connaissances. Pouvons-nous encore parler d’un sujet aussi polarisé que la migration ? Et de quelle manière ? Continuer à poser cette question me paraît encore plus important que de débattre sur la migration elle-même.

Avant le repas festif, nous sommes allés dehors pour allumer chacun une bougie, tout simplement parce que les alarmes modernes contre l’incendie risquent de se déclencher à la moindre petite flamme. Nos bougies avaient été fabriquées par des personnes détenues à Bruges. Il était nécessaire, cette fois, de penser à eux, tous ensemble. Les visiteurs ont été témoins, au long de l’année passée, de diverses violations des droits humains. Quand vous essayez d’être aux côtés d’une personne amenée à plusieurs reprises à l’aéroport pour y être embarquée dans un avion contre sa volonté, c’est vraiment dur, cela vous colle à la peau. Ensemble nous tâchons d’en sortir, de trouver la meilleure manière de réagir, et d’accueillir les chocs émotionnels que les personnes éprouvent dans les centres fermés. Ensemble. Alors, ce qui est insupportable devient un peu plus acceptable et un peu d’humanité se dévoile dans un lieu déshumanisé.

Quand nous nous sentons découragés, ne serait-ce qu’un court moment, rappelons-nous cette soirée passée ensemble. Le risque de déclencher l’alarme incendie peut bien nous pousser dehors, nous trouverons toujours un endroit – au besoin, dans les coins les plus sombres – pour faire scintiller notre bougie.

Dennis Van Vossel
responsable de la communication