Simple présence

Lorsque pour la première fois, en février 2018, je rencontrai Baudouin Van Overstraeten, j’étais loin de me douter qu’il me demanderait de coordonner l’action des visiteurs amicaux... et donc depuis, parmi d’autres tâches, j’ai ce privilège de rencontrer, d’écouter chacun de la douzaine d’entre eux. De participer aussi à nos journées trimestrielles « Chant d’oiseau », journées de formation et d’échanges entre les acteurs JRS Belgique.

Des paroles et des récits sont ainsi venus m’habiter, mais aussi des manières d’être, d’être là, de regarder, d’écouter. Ainsi, A. qui me raconta cette interpellation d’un monsieur sans papiers : « Pas de papiers ? Mais alors, vous n’existez pas ! » Vous la voyez cette scène, cet homme et ces deux policiers à côté de leur combi VW ? Et G., cet autre visiteur qui me dit : « Lorsque je rencontre une personne dans un centre, je lui donne un petit devoir : chaque soir, regarder sa journée et y relever quelque chose qui lui a fait du bien : le sourire d’un gardien, un rayon de soleil, ou... les frites à midi ! » Et F., entre deux pauses de silence, qui me glisse : « Il ne faut pas avoir peur du silence. Il n’y a pas à le remplir. Juste être là. » Un jour X. reçoit un coup de fil : c’était un jeune migrant qui était parvenu en Grande Bretagne... « Il tenait tellement à me dire son soulagement d’avoir reçu des papiers, provisoires certes, mais des Papiers ! Il pouvait exister ! » Et puis encore, cet autre visiteur me disant : « Cet homme, cet enfermé, c’est Jésus souffrant. »

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Il manque quelque chose à ces témoignages, c’est le regard, les yeux de ceux qui me les ont transmis. Dans ces regards, chaque fois, j’ai vu la joie. Vous pourriez trouver cela paradoxal face à la misère dont ils s’étaient approchés. Bien sûr, eux pouvaient se dire, au sortir du centre fermé : « Ouf, moi je suis libre ! » Mais cette joie que je percevais, n’était pas l’expression du soulagement. Plutôt l’émergence d’un courant intime, profond. Et c’est peut-être bien cela, ce rayonnement de l’être intime qui, pour les personnes enfermées, se révèle être le plus précieux signe de la simple présence d’un compagnon.

Jean-François van de Kerckhove
responsable volontaires