Transmigrants

Une nouvelle priorité dans la politique d’éloignement

Transmigrants, voilà le mot le plus souvent entendu ces derniers mois dans la communication de notre Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration. Le terme a malheureusement si bien réussi à s’introduire dans le langage courant que nous nous laissons attraper nous-mêmes en l’employant. Il n’existe dans aucune loi une définition de ce que sont les transmigrants. Il s’agit simplement de réfugiés. Des êtres humains, donc. Des hommes en marche vers ce qu’ils pensent être un endroit sûr. Depuis des mois déjà, ils représentent une épine dans le pied de beaucoup de monde. L’attention des gens se porte vers la surcharge du parc Maximilien, les bagarres à la gare du Nord, les agressions aux abris de bus, les coups de force sur les camions aux parkings d’autoroutes, l’escalade au port de Zeebrugge...Autant d’incidents individuels qui, dans un Etat de droit, relèvent d’une approche individuelle, elle aussi.

JPEG - 48.8 kBLa situation demandait un traitement ferme. Le Secrétaire d’Etat a décidé d’installer à Steenokkerzeel un Centre administratif de traitement des transmigrants et, pour ce faire, de libérer 160 places dans les centres fermés. Cette décision a provoqué un ‘carrousel humain’ jamais vu. En toute hâte et de façon arbitraire, les détenus furent transférés vers d’autres centres. Beaucoup furent libérés avec ou sans casier judiciaire. Où était la sécurité juridique ? Où était le respect de la légalité ? Pourquoi ces personnes ont-elles été libérées juste à ce moment-là ? Si leur libération ne posait apparemment pas de problèmes, pourquoi alors ont-elles été enfermés ? Le dossier individuel de la personne libérée — ou de la personne enfermée — a semblé avoir peu de poids dans l’affaire.

A leur place furent enfermés les “transmigrants” qui avaient été pris au cours de grandes razzias dans les parcs et les gares. Plus récemment, des personnes furent prises aussi alors qu’elles logeaient chez l’habitant dans le cadre de la Plateforme citoyenne. Où donc était la surcharge ?

Après la rafle, toutes les personnes arrêtées furent amenées au Centre administratif de Steenokkerzeel pour être conduites, de là, vers un centre fermé. L’opération a comporté donc souvent une arrestation à Zeebrugge, puis un maintien de maximum 24 heures à Steenokkerzeel, ensuite une détention à Bruges ou une libération avec conduite à l’Office des Etrangers pour que les personnes puissent y déposer une demande d’asile. Tous ces transports effectués avec escorte policière.

Une fois qu’ils se trouvent au centre fermé de Bruges, leur situation est pleine d’incertitude. Nous avons vu bon nombre de personnes attrapées rudement par la police, dont le téléphone a été confisqué, alors qu’il est leur seul contact avec leur famille restée au pays ou avec les familles d’accueil en Belgique. Des gens qui souvent, en effet, ont comme seul but de se rendre au Royaume-Uni dont ils rêvent depuis tant d’années, la Terre promise pour laquelle ils se sont mis en marche et qui a pris pour eux, au fil des années d’épreuves et d’angoisses, des proportions mythiques. Des gens morts de peur d’être renvoyés, en vertu du Règlement Dublin, vers un camp surpeuplé de Grèce où ils ont été maltraités ou violés.

Il est temps d’investir dans d’autres directions. Plutôt que de gardiens, de barreaux et de menottes, ces personnes ont besoin d’une information convenable de la part de gens avec qui ils peuvent nouer une relation de confiance. Comme leur confiance dans les autorités du pays où ils se trouvent a été ébranlée, il faudra du temps et de la finesse pour la rétablir. Une telle confiance ne se restaure pas en enfermant les gens coup sur coup puis en les libérant de nouveau, souvent sans qu’intervienne un juge. Si ces personnes enfermées dans un centre sont forcées d’introduire une “demande implicite d’asile”, il ne faut pas s’étonner si elles n’osent pas exposer les traumatismes qu’elles ont subis dans leur pays d’origine. Comment pourraient-elles en effet faire confiance à un Etat de droit dont les agissements à leur égard témoignent de l’arbitraire ?

Griet Demeestere
visiteuse accréditée