La fraternité bafouée

Véronique Albanel, La fraternité bafouée. Sortir de la peur du « grand remplacement », Ivry-sur-Seine, éd. de l’Atelier/éd. ouvrières, 142 p., 16 €.

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Véronique Albanel mobilise sa double qualité de docteur en philosophie et de présidente du JRS – France pour réfléchir sur notre relation à la personne migrante, relation double elle aussi : de peur et d’hospitalité. La peur ici rencontrée est celle du grand remplacement, cette théorie lancée par Renaud Camus qui prédit que, en un bon demi-siècle, les migrants d’Afrique auront pris, en Europe, la place des populations de souche. Mais cette peur-là, poursuit l’auteure, rencontre des racines plus profondes dans nos appréhensions vis-à-vis de tout ce qui est autre : l’autre civilisation, l’autre classe, l’autre race, l’ennemi, et cette altération dernière qu’est la mort. D’où l’enclenchement d’une attitude de méfiance à l’égard des étrangers : les voici bientôt touchés dans leur dignité et maltraités dans leurs droits fondamentaux.

Puisque la fraternité humaine est ainsi bafouée, il est urgent de la retrouver à partir des expériences positives d’hospitalité, telles qu’on les mène, par exemple, dans les initiatives du JRS-France. L’auteure reconnaît la difficulté du chemin : on se sent si impuissant ; l’argent prend tellement de place ; l’opinion publique est si divisée…Pourtant, à condition de rester humble en face de ses propres limites et patient envers celles des autres, il est permis d’espérer, tant du côté des laïcs que du côté des chrétiens, un retour de la fraternité, basée sur l’humanité commune aux humains.