L’ANNÉE 2018 EN QUELQUES TOUCHES

On a eu le sentiment d’une Europe paralysée sur les questions migratoires : elle n’a pas avancé sur la réforme – urgente – du système ‘Dublin’ et s’est montrée incapable de se mettre d’accord sur la répartition entre ses pays membres de l’accueil des quelques centaines de migrants sauvés en mer : l’intégrité des territoires nationaux a définitivement pris le pas sur toute considération humanitaire. L’Europe continue d’abandonner aux gardecôtes libyens des centaines de candidats à la migration qu’ils renvoient dans l’enfer de leurs prisons. Le seul horizon qui nous a été proposé, c’est la fatalité du cimetière de la Méditerranée, avec 2.262 morts ou disparus en 2018, et l’abandon à Lesbos, dans un silence assourdissant, de plus de 11.000 réfugiés qui y vivent le cauchemar permanent.

En Belgique, cette année 2018 a confirmé l’ancrage sociétal de la plateforme du Parc Maximilien et la diversification de ses activités (Hub humanitaire, où les soins médicaux et psychologiques côtoient l’assistance juridique et la collecte de vêtements, ouverture de neuf logements collectifs, procédure d’accueil des MENA,...). Le soutien populaire dont elle bénéficie participe de la large mobilisation citoyenne, qui a notamment amené le gouvernement fédéral à abandonner son projet de loi sur les visites domiciliaires.

Le ‘procès des hébergeurs’ a vu des citoyens poursuivis en justice pour trafic d’êtres humains alors qu’ils avaient simplement accueilli des migrants à leur domicile. Il a suscité tour à tour espoir et consternation : espoir d’abord suite au réquisitoire nuancé du Parquet et à l’acquittement prononcé par le tribunal correctionnel de
Bruxelles. Consternation quand les hébergeurs ont appris que le parquet général avait interjeté appel de ce jugement, ce qui ne manquera pas de plonger dans l’incertitude tous les candidats à l’accueil d’un soir ou d’une semaine. Etait-ce donc là l’objectif recherché ? Comment ne pas mentionner aussi le décès de la petite Mawda, victime d’un coup de feu des forces de l’ordre dans le cadre d’une course-poursuite ? Au-delà de sa mort tragique et de la vive émotion qu’elle a suscitée dans la population, nous retiendrons l’ambiguïté qui prévaut quant à la question de savoir si la priorité politique actuelle est de traquer les migrants ou les réseaux de passeurs.

Mais l’évènement majeur de cette année 2018, c’est certainement l’ouverture, au mois d’août, de quatre ‘maisons familiales’ au Centre 127 bis à Steenokkerzeel. Le JRS Belgium a bien sûr participé au succès de la campagne de protestation ‘On n’enferme pas un enfant. Point’ développée au sein de la plateforme ‘Mineurs en exil’, et il a joué un rôle majeur dans la mise en place d’un dispositif de visites aux familles détenues et de monitoring de leurs droits fondamentaux. Nous y consacrons le chapitre principal de ce rapport annuel.

Toujours au chapitre détention, le gouvernement fédéral a entrepris une véritable traque aux migrants en transit, qu’il a au passage stigmatisés en les désignant du néologisme de ‘transmigrants’. La priorité politique du moment n’était manifestement plus au renvoi dans leur pays d’origine des migrants déboutés, mais bien au marquage du plus grand nombre possible de migrants, lesquels se voyaient placer en centre fermé pour une ou plusieurs périodes de très courte durée. On navigue ici en plein arbitraire quant à la durée et à la répétition de ces brèves détentions, et en toute illégalité puisque la détention administrative ne se justifie que s’il existe des perspectives concrètes de renvoi à bref délai.

C’est dans ce contexte mouvant que nos visiteurs ont tenté de maintenir leur soutien aux migrants détenus. Ainsi les mouvements de masse vidant et remplissant certaines ailes des centres de Bruges et Merksplas ont-ils amplifié la méfiance de bon nombre d’entre eux à l’égard de nos visiteurs, lesquels ont eux-mêmes dû revoir leurs manières de procéder en fonction de détentions de très brève durée.

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L’année 2018 s’est refermée sur la saga du ‘Global compact on Migration’, cet accord négocié au sein des Nations Unies en vue de promouvoir une politique migratoire coordonnée au niveau mondial. S’il est effrayant de constater à quel point un tel enjeu mondial a pu être instrumentalisé dans plusieurs pays européens à des fins de politique intérieure, nous préférons retenir que notre pays s’y est finalement bel et bien engagé, fût-ce au prix de plusieurs réserves qui nous font mal, comme par exemple une position laxiste par rapport à la détention des enfants et la disparition du principe de non-refoulement, pourtant issu de la Convention de Genève.

Baudouin Van Overstraeten
Directeur JRS Belgium

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