Des dizaines de grévistes ont entamé une grève de la soif.

Mise à jour jeudi 22 juillet : la grève de la faim a été suspendue mais les militants continuent de manifester.

Depuis le mois de mai, des centaines de personnes sans-papiers ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur situation et l’absence de solutions de la part du gouvernement. Plus d’une centaine d’organisations en Belgique ont déjà appelé le gouvernement à œuvrer en faveur d’une issue pour les grévistes. Maintenant qu’une dizaine de personnes ont décidé de ne plus s’hydrater, le risque de tragédie est imminent. Médecins du monde puis exposer clairement les risques.

Le désespoir prévaut

Pendant la crise de Corona, la Belgique n’a pas pu expulser de migrants pendant plus d’un an, les frontières étant fermées, le trafic aérien interrompu. Les centres fermés fonctionnaient à moins de la moitié de leur capacité et les personnes qui y étaient enfermées ont simplement dû être relâchées au bout d’un certain temps. Cette situation n’a néanmoins pas eu d’effet significatif sur le nombre de permis de séjour, même temporaires, délivrés. Les 100 000 sans-papiers (approximativement) ne pouvaient, ou ne voulaient, pourtant pas retourner vers leur pays d’origine.

Au-delà de l’impossibilité pratique de voyager en temps de COVID, les raisons pour ces personnes de rester en Belgique sont effectivement diverses. Leur enfants ou partenaires vivent ici ; elles ne trouvent pas de travail dans leur pays d’origine et trouvent en Belgique un emploi informel souvent sous-payé ; elles courent un risque d’être abusées ou torturées dans leur pays d’origine mais ne peuvent pas en apporter la preuve suffisante selon l’État belge ; la politique de la reconnaissance de la protection internationale change soudainement ; ou ces personnes souffrent d’une maladie qui ne peut être traitée dans leur pays d’origine.

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Beaucoup de ces personnes ont perdu leur emploi en période de pandémie. Les emplois informels, dans le domaine du bâtiment ou de l’Horeca par exemple, ont été les premiers à disparaître pendant le confinement. Sans préavis ni compensation, ces personnes - qui n’ont souvent aucune réserve financière - se sont retrouvées sans revenus. Ceci venant s’ajouter aux nombreuses difficultés déjà existantes dans leur vie. De quoi désespérer.

Procédure arbitraire

La procédure de régularisation est imprévisible. La régularisation est une faveur, pas un droit. À l’heure actuelle, cela signifie concrètement qu’il est impossible de déterminer clairement les raisons pour lesquelles certaines personnes ont la chance de construire leur vie en Belgique et d’autres non. Une personne ne peut pas prévoir l’issue de sa procédure de régularisation. Les gouvernements se cachent derrière ce régime trop légaliste ; mais si le système ne fonctionne pas, il faut trouver des solutions.

Solutions

Octroyer un droit de séjour temporaire, tel que l’ont tout récemment recommandé les experts de l’ONU, pourrait désamorcer la situation avec les grévistes. Dans tous les cas, des solutions pragmatiques doivent être urgemment trouvées à la situation actuelle. De plus, il est nécessaire de trouver des solutions structurelles au régime migratoire en place qui permettrons d’éviter des situations similaires à l’avenir. De telles solutions existent. Par exemple, une obligation claire de motivation dans la procédure de régularisation, qui obligerait les fonctionnaires à donner les raisons de leurs décisions tant négatives que positives, aiderait à rendre la procédure plus transparente. Aligner les procédures de régularisation sur le marché du travail est une autre voie qui mérite d’être explorée.

L’accompagnement personnalisé de migrants par les autorités ou des ONG (selon la méthode du case management) aiderait aussi ces personnes à y voir plus clair en matière de procédures migratoires et de séjour. De cette manière, elles seraient en mesure de faire des choix éclairés parmi les différentes options qui s’offrent à elles ; d’un droit de séjour en Belgique ou dans un autre pays au retour avec soutien.

Une régularisation plus large, sur une base individuelle, un statut de résident pour les personnes qui ne peuvent pas retourner dans leur pays d’origine et un meilleur accès aux canaux de migration légale créent une situation de win-win : les sans-papiers et les migrants en général peuvent enfin se construire une vie en toute dignité, et la société gagne des citoyens motivés. L’essentiel est que les gens doivent avoir la possibilité de façonner eux-mêmes leur avenir et celui de leurs proches.